Délégationde Paris

Une journée au cirque avec les familles roms

Récit de Clément, bénévole de l’équipe Roms

« En ce dimanche 12 mai, nous avions rendez-vous porte d’Aubervilliers pour réunir des enfants roms de deux bidonvilles voisins et les emmener au cirque. L’idée est venue après une belle première sortie à la Géode avec ces chers bambins que nous connaissons maintenant très bien, grâce aux activités que nous effectuons souvent avec eux ainsi qu’aux nombreux accompagnements auprès des familles. […] »

Avec les familles au cirque Diana Moreno Bormann.

publié en juin 2013

« Nathalie et moi-même étions les premiers sur place. Nous avons décidé de nous séparer pour réunir un maximum d’enfants afin de partager cette nouvelle expérience ensemble. Je me dirige donc sur le terrain d’Aubervilliers 2, j’étais assez pressé et enthousiaste de retrouver les petits avec qui nous faisons notre bibliothèque de rue du mercredi. Je dois avouer que j’étais curieux et un tout peu anxieux de nos retrouvailles, car je m’étais absenté plus d’un mois de France, cela faisait donc un bon moment que nous ne nous étions pas revus.

Arrivé sur place j’ai d’abord croisé les parents, nous avons discuté quelques minutes de nos petites vies et surtout du programme de la journée pour que tout soit bien clair. L’accueil fut chaleureux, j’étais tout ouïe mais mes yeux cherchaient les enfants, que je n’arrivais pas encore à apercevoir. On me dit alors que certains d’entre eux se trouvaient dans la baraque voisine, je m’y rendis aussitôt. Effectivement je trouvais les petites Eva et Tercuta ainsi que leur cousin Danciu en train de jouer sur un lit rempli de petits jouets plutôt en mauvais état.

Ils étaient dos à moi, je lançais comme à mon habitude un "buna ziua" (bonjour) et leur réaction fut bien plus forte que je ne pouvais l’imaginer. Ils criaient mon prénom en cœur, me sautèrent dans les bras et me dirent que mes vacances furent bien trop longues. Évidemment que dans ce combat aux côtés des Roms, le plus important reste les résultats obtenus pour améliorer leurs conditions de vie, mais ce genre de réactions fait chaud au cœur et au moral. Je le perçois égoïstement comme une charmante récompense du petit temps que je consacre à leur cause. J’ai même eu le droit à un cadeau, ils m’ont rempli un petit sac de leurs jouets. Je leur expliquai que je ne pouvais en accepter autant et que c’était mieux qu’ils en profitent plutôt que moi. Une des petites m’expliqua que c’était pour partager avec mes frères et mes cousins.

[…]

Je demandais aux petits où se trouvaient les autres enfants. Malheureusement peu d’entre eux étaient sur le terrain et je ne trouvais qu’un seul autre en âge de venir avec nous. Je fus assez déçu que les petites Maria et Mindra ne fussent pas là, elles auraient beaucoup aimé cette sortie, dommage ! Après ces jolies retrouvailles, il me fallait mettre de côté mes petites émotions, aller faire signer les autorisations pour la sortie aux parents et se diriger vers le cirque.

À l’entrée du cirque [situé porte d’Aubervilliers], nous étions les premiers. Nathalie, maintenant accompagnée de deux autres bénévoles, Françoise et Violette, ainsi que d’un groupe de seize Roms (quatorze enfants et deux adultes) arrivèrent du deuxième terrain. Nathalie avait réussi à notre grande joie à réunir beaucoup de monde sur ce terrain qui est bien plus grand que celui d’où je venais. Il faut dire aussi que quand Nathalie organise une sortie, elle a le don de motiver ses "troupes" avec succès.

Il fallait maintenant acheter les tickets pour cette jolie petite bande. Je tiens particulièrement à tirer mon chapeau au cirque Diana Moreno Bormann qui nous a permis de bénéficier de places à 5 euros au lieu de 30 pour être placés aux meilleurs rangs de cet endroit magique. [Un geste de] solidarité [devenu suffisamment] rare de nos jours pour être ici largement souligné. C’est tout à fait l’idée que je me suis toujours fait de l’esprit et de l’univers du cirque.

Avant même de rentrer, les enfants pouvaient déjà apercevoir des clowns et autres acteurs du cirque dans leurs déguisements. L’excitation était déjà palpable mais restait très positive et agréable. Le moment venu de rentrer dans le chapiteau, les petits à mes côtés s’émerveillaient de cet endroit rempli d’un ciel étoilé luminaire. La petite Eva, qui me tenait la main, me disait sans cesse : "waaaaa c’est joli !" Je la sentais tellement heureuse, cette journée était déjà une victoire avant même que le spectacle n’ait commencé.

Les enfants s’installèrent dans le calme et attendirent patiemment, sans agitation, le début du spectacle. Et quel début ! Six énormes tigres firent la joie et l’étonnement des enfants. Ce n’est pas tous les jours que l’on croise des tigres. Les deux petites qui étaient à mes côtés s’amusaient à compter les tigres en action. Sûrement le résultat de leur récente scolarisation, qu’avait obtenue notre amie Juliette, bénévole tout comme nous.

S’enchaînèrent les numéros d’animaux, [avec] des colombes, chiens, lapins, lamas, chameaux, dromadaires, chevaux et j’en oublie sûrement ! Les enfants en prenaient véritablement pleins les yeux ! Moi aussi d’ailleurs […] !

Entre chaque numéro, une dame au micro nous compta l’histoire du cirque et ses anecdotes. Je ne pus m’empêcher de rire quand Tercuta mit sa tête sur mon épaule et fit semblant de ronfler. C’était pourtant très intéressant, mais forcément moins qu’un tigre ou un clown, surtout quand on n’a pas encore la maîtrise totale de la langue française.

[…]

Il n’y avait évidemment pas que les animaux. Nous avons eu le droit à toutes les acrobaties connues du cirque et bien entendu, aux clowns. Leur succès fut indiscutable ce jour-là. Je n’avais jamais vu tous nos gamins rire aux éclats tous ensemble de cette façon, c’était vraiment beau. Même les plus grands et les deux adultes se tordaient de rire. C’est malheureux à constater mais évident à la fois, quand on mène une vie précaire et difficile, ces moments de rires collectifs doivent être plutôt rares et il ne faut pas en sous-estimer l’importance. Pour moi, là se trouvait la réelle victoire de la journée, en plus d’offrir à leurs yeux un spectacle qu’ils n’avaient encore jamais eu la chance de voir.

J’ai aussi envie de souligner l’interaction que l’on peut trouver dans un cirque. En effet les enfants furent conviés à applaudir, taper des mains en rythme, crier, participer, faire des décomptes à haute voix…

[…]

Après ce pur moment de bonheur en toute simplicité, nous raccompagnâmes les enfants chez eux. Nous fûmes invités à boire un café [et accueillis] dans une cabane d’une propreté irréprochable. Nous nous remémorions les beaux moments de cette journée, projetions déjà des plans futurs pour distraire les gamins à nouveau, mais la réalité reprit aussi sa place. Je ne parlerai pas ici de leurs problèmes du quotidien que nous avons abordés autour de ce café pour laisser intact le souvenir de cette magnifique évasion. Merci aux enfants, aux adultes, à Nathalie, Françoise et Violette et vraiment un grand merci et un profond respect à ce cirque et à tous les acteurs de [cet univers] en général. C’est grâce à vous, à nous tous que des journées comme celles-ci ont le mérite d’exister. »

Clément, bénévole de l’équipe Roms

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