Délégationde Paris

Le mardi après-midi, c’est « Portes ouvertes » à la Fraternité des Épinettes

Le mardi après-midi, c'est « Portes ouvertes » à la Fraternité des Épinettes

Bénévole débutante au Secours Catholique, je m’y rends avec l’espoir d’y recueillir le témoignage d’une ou deux personnes désireuses de me raconter leur vie ; peut-être, pour certaines, leur arrivée en France. Quatre mardis plus tard, je ne suis toujours pas parvenue à retranscrire la moindre histoire personnelle. Pourquoi ?

Eh bien, après la rentrée en classe des enfants, la porte ne cesse de s’ouvrir et se fermer : Fatiha a apporté un gâteau, Fatimata est accueillie et gratifie l’assistance d’un sourire radieux, elle est invitée à s’asseoir ici, là… Esperanza propose un loto en italien. On fait du café, du thé, on parle et on rit, surtout ! On mange ensemble une fois par mois : repas algérien, italien… (trente-cinq personnes à table, on est serrées !). On chante, mais ce n’est pas facile de faire entonner une chanson connue de femmes et d’hommes de toutes nationalités : tant pis, fredonner un « la, la, la » suffira.

Scindés en deux groupes de réflexion, on prépare un voyage, on discute : où, avec quels moyens, où trouver l’argent ? On réussira, l’envie en est trop forte.

Comment pourrais-je sortir mon carnet pour privilégier une seule histoire, dans ces conditions ? Personne n’a envie de sortir du groupe, moi non plus d’ailleurs ! Peut-être plus tard, quand j’aurai vécu assez de choses. J’écoute autour de moi et je saisis que celle-ci en aurait à raconter sur sa galère pour obtenir ses papiers. Celui-ci a connu le fond du trou. Celle-là n’a que de la bonne humeur à partager. Cette autre n’aura bientôt plus de toit. Mais pour l’instant, on ne veut pas y penser.

Alors, je préfère les regarder, admirer leur courage, leur énergie, leur dynamisme. Quand je repars, j’ai le cœur chaud comme tout le monde.

Il est 18 heures, je suis au pied de l’ascenseur qui me mènera chez moi, au 7e étage. J’en tiens la porte pour attendre une voisine, qui arrive en courant. Elle ne me dit pas bonsoir, ne me fait même pas le don d’un regard.

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