Délégationde Paris

Jacques, 84 ans, bénévole, une ardeur sans faille

Vingt-cinq ans de présence au Secours Catholique à l’accueil Notre-Dame de la Compassion, à Paris dans le 17e. Son passé professionnel : bâtisseur de ponts, d’usines, de logements…, auquel s’ajoute une expérience dans le scoutisme. Tous les ingrédients pour savoir manager les hommes, les comprendre et construire avec eux !

Jacques, 84 ans, bénévole, une ardeur sans faille

Ça se passe en 1986, à l’heure de la retraite. Après quelques après-midi sur le canapé, Jacques ne tient plus en place : « Il faut que je fasse quelque chose ; ça ne peut pas durer. »

Une opportunité, le Secours Catholique organise une journée « portes ouvertes » et Jacques s’intègre dans une équipe chargée du montage d’un accueil social dans Paris, rue Ballu, avec tous les éléments nécessaires : formation, installation, communication…

Une bonne expérience qui lui permet à la fin de 1987 d’intégrer l’accueil de jour de Compassion, créé en 1985, ouvert deux jours par semaine, et d’en assumer la responsabilité avec une équipe de 4 bénévoles, le mardi, de 8 h à 16 h. Il reçoit en moyenne une trentaine de personnes par jour pour un moment de réconfort.

« Ici, tout le monde fait quelque chose », déclare Jacques. L’espace dispose d’équipements permettant de retrouver un minimum de confort matériel : machines à laver le linge et sécheuses, douches avec serviettes, rasoirs jetables, téléphone, jeux de société… Les personnes accueillies préparent les repas, font la vaisselle, entretiennent les locaux. Et puis à 16 heures, tout le monde repart vers sa destinée : squat, petite chambre… ou jardin public.

Les victuailles des repas sont fournies par des bénévoles comme les dames de la paroisse et du temple de l’Étoile, ainsi que les filles du lycée Sainte-Marie de Neuilly sur leurs propres économies.

Au-delà du repas partagé, que se passe-t-il ?

Les bénévoles aident ces visiteurs d’un jour dans leurs démarches administratives : déclaration d’impôts, conseil juridique, accompagnement chez l’assistante sociale, visite à l’hôpital, accompagnement, et parfois jusqu’à la fin de vie. Les bénévoles sont aussi à l’écoute des problèmes des accueillis par des échanges informels. « On leur donne, ils nous donnent beaucoup. Il faut capter leur confiance. S’ils ne viennent plus, le plus souvent, c’est qu’ils sont recasés. Ils nous donnent de leurs nouvelles. De plus, ils tissent des liens entre eux. »

Le profil des accueillis : très peu de jeunes, des hommes de 50-55 ans, divorcés, célibataires… « On les aide à vivre en leur apportant chaleur et amitié. Comment voulez-vous qu’ils trouvent du boulot à leur âge ? »

Jacques se souvient de quelques personnes « accueillies » pendant ces longues années :

• Michel, 30 ans, huit ans de prison. Un autre accueilli lui trouve un emploi saisonnier en Corse dans la restauration. À son retour en région parisienne, il trouve un travail de serveur sur les bateaux mouches.

• Mohamed, venant de Strasbourg, sans papiers. Pendant trois mois, il vient sans parler… Son métier, comptable. Un jour, il disparaît. Puis, un appel téléphonique « Je travaille, puis-je venir ? Vous m’avez bien soutenu et aidé. » Il vient nous rendre visite la semaine d’après, avec une cartouche de Malboro !

• Jean, 56 ans, au chômage après à la fermeture de son entreprise de gardiennage. Un bénévole qui apporte des repas lui trouve un emploi temporaire de veilleur dans une usine d’Ivry, juste le temps d’attendre l’âge de la retraite… et de devenir bénévole à son tour.

Pas étonnant que certains, au hasard de leurs déplacements, viennent prendre un café à la Compassion, « pour prendre un peu de chaleur et repartir chercher du boulot ».

Malheureusement, Jacques constate aussi des échecs. Il y a des gens qui retombent systématiquement : jeu, alcool.

Et pourtant notre bénévole, qui ne pense pas à raccrocher, simplement à se faire épauler, garde la foi : « On reste vif ; le mardi matin, je me lève tôt et quand je repars dans l’après-midi, jamais on ne pourrait penser que 30 personnes ont séjourné et déjeuné ici. On voudrait tellement qu’ils puissent réintégrer le milieu social. »

Jacques, bénévole à Paris Sans Domicile

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