Délégationde Paris

« C’est fini, la misère ? »

Témoignage d’une bénévole de l’équipe Roms

Le terrain est jonché de détritus et quelques rats détalent à vive allure à notre arrivée. Les rangées de caravanes, encore plus serrées que d’habitude, témoignent d’une expulsion récente des familles qui se trouvaient dans une partie de ce grand bidonville de l’est de l’Essonne. Des femmes s’affairent autour d’une bassine de lessive, des enfants nous poursuivent en courant, on nous observe de loin avec bienveillance. C’est là, au terme d’une longue errance, que Daniéla et Ion ont trouvé refuge avec leurs trois enfants, dont un vient de fêter sa majorité.

Habitation d'une famille rom en situation de pauvreté.

Accueillie dans notre équipe depuis un an et demi, cette famille rom originaire de Roumanie a toujours manifesté une volonté farouche de se stabiliser, par le travail, dans notre pays. Le parcours sera long et difficile, nous le savions et ne l’avions pas caché à Ion, le père de famille. La réglementation et les « mesures transitoires » à laquelle sont soumis les Bulgares et les Roumains qui veulent travailler en France est un obstacle de plus à franchir pour ceux qui nous rejoignent [1]. « C’est la vie », répète souvent cet homme de 40 ans, dans de rares moments de résignation, quand décidément, non, on ne peut vraiment rien changer à l’ordre des choses. Signer un contrat de travail, obtenir une autorisation de travail, détenir un titre de séjour… il a fallu souvent expliquer, répéter et expliquer encore. Tout cela paraît abstrait, hors d’atteinte, mais tout le travail d’accompagnement de l’équipe est là pour soutenir un projet de plus en plus précis pour cette famille qui ne ménage pas ses efforts, et collabore activement avec nous. Et puis soudain, tout s’accélère, l’autorisation de travail est signée ! « C’est fini, la misère ? », m’interroge Daniéla.

Le contrat de travail, l’autorisation de travail sont posés bien en évidence sur l’un des deux lits de la caravane, trop petite pour contenir une table. Ils me font l’effet de deux trophées gagnés sur une vie rude. « Multumesc, multumesc » [2], lance Ion en riant, les bras écartés, les yeux levés au ciel. Nous étions au printemps dernier… Le printemps, la saison du renouveau…

Myriam Argoud, bénévole de l’équipe Roms

[1] Les Bulgares et les Roumains qui souhaitent travailler en France doivent détenir une autorisation de travail délivrée par la direction départementale du travail et un titre de séjour délivré par la préfecture. Ces mesures sont applicables jusqu’au 31 décembre 2013, d’où leur nom de « mesures transitoires ». Depuis janvier 2008, une liste de 150 métiers définis par arrêté, répartis dans 17 domaines d’activité professionnelle dans lesquels on observe une pénurie de main-d’œuvre, permet d’obtenir une autorisation de travail selon une procédure simplifiée. Mais l’obligation de posséder cette autorisation demeure ainsi que celle de détenir un titre de séjour. De plus, l’employeur doit s’acquitter lors de l’embauche d’une taxe dont le montant varie selon la nature du contrat de travail et du montant du salaire.

[2] Merci en roumain.

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